expositions et festivals
L’IESA donne champ libre à Catherine Benas, artiste plasticienne
HORS CHAMP MICROSCOPIES
Exposition dans les vitrines du métro Saint-Germain-des-Prés - Ligne 4
L’IESA et la RATP insufflent un air d’inédit dans la station Saint-Germain-des-Prés du 30 octobre au 30 novembre 2007. (Prolongations jusqu’au 9 janvier 2008).
Pour la cinquième année consécutive l’IESA investit les quais qui longent la station de métro, figure emblématique du lien qui unit un quartier à la vie artistique. Exposer dans les vitrines de la station Saint-Germain-des-Prés c’est se rapprocher d’un quartier occupé traditionnellement par les éditeurs et les galeries d’art. Les vitrines d’exposition longent chacun des deux quais révélant un agencement panoramique. Celui-ci est en adéquation avec le travail de Catherine Benas car la lecture panoramique permet de rendre compte du déroulement du temps, ingrédient privilégié de son travail. La présentation permet de voir une composition, comme une partition musicale de long en large.
« Hors champ » est un ensemble de collages de photographies accompagnés de courts textes. Des jambes sans corps marchent, courent, s’arrêtent, se retournent… traversent une scène à l’italienne. Mis bout à bout, il s’agit d’un panoramique. Chaque personnage est surmonté d’une courte phrase, expression, mot isolé, évoquant un état d’âme. La dénomination « hors champ" induit de la part du lecteur, regardeur une réflexion sur l’événement non visible mais contenu dans l’expression énoncée.
Les passants sont invités durant leur voyage dans cette station à entrer dans ce hors champ et par là, à capter leur propre univers car ce que le regardeur va créer à son tour c’est bien sa propre histoire, son hors champ à lui.
Le processus de création et la station sont en relation et en parfaite adéquation. En effet, "hors champ" est une sorte d’arrêt sur image ou précisément arrêt sur esprit.
A quoi pensons-nous à cet instant, que pense votre voisin ?
Il s’agit de capter les infimes réflexions qui passent dans la tête des individus.
Le quai est un lieu d’attente et de passage, la lecture du "hors champ" exposé renvoie le lecteur à son instantané de pensée et fait prendre conscience de celle des autres. Le hors champ concerne l’imaginaire, la construction de l’histoire des individus et ce que l’on y projette de plus universel, de plus commun.
L’installation au travers des vitrines est idéale, elle donne la visibilité adéquate. Ce projet est conçu spécifiquement pour cette station. Le travail de Catherine Bénas s’y déploie clairement de vitrine en vitrine, à livre ouvert.
"Microscopies" est une suite de quarante tableaux de petit format peints simultanément. Les tableaux sont présentés côte à côte de sorte que l’ensemble constitue une vue panoramique.
Catherine Bénas procède par série ; chaque série est une histoire dont le scénario est élaboré en fonction d’un format, une couleur, une grammaire formelle composée d’éléments récurrents.
Elle débute souvent un tableau en imprégnant la totalité du fond avec une couleur qui annonce d’emblée le registre dans lequel se situe l’histoire qu’elle va mener. Chaque tableau de la série représente un élément de l’histoire.
Catherine Bénas détermine et dépose sur la toile la grammaire formelle qu’elle fait évoluer simultanément sur chaque tableau à la manière d’une composition musicale.
Les éléments récurrents : les points, sphères, quadrillages, lignes sinueuses, ondulantes, sont isolés ou combinés composés en « all over », à fond perdu ou zoomés. Les combinaisons s’organisent par juxtaposition, superposition, transparence, enchevêtrement, dispersion.
Le scénario se met en place, évolue, se modifie progressivement jusqu’à l’achèvement.
L’histoire comporte des ruptures des accords, des désaccords. Les tableaux peuvent se suivre et se ressembler ou se détester, jurer, se repousser. Ils peuvent être brillants ou anodins, ternes, lisses ou empâtés ; tous les états se déploient en fonction du scénario interne qui se révèle progressivement.
Une lecture panoramique rend lisible le cheminement même de la composition.
Catherine Bénas établit un rapport à la fois physique et sensuel à sa peinture. Elle utilise l’huile car ce médium recèle dans sa composition une dimension organique qui l’oblige à observer son évolution indépendamment de ce qu’elle a à dire.
Malgré elle, ce médium la dirige là ou il veut aller, même si elle compose et sème volontairement sur la toile tous les éléments de son propos. L’huile oblige de part sa nature au respect de ses règles. Ainsi comme la terre, dans laquelle nous semons des graines, modifions des éléments, mettons en jachère, asséchons ici nourrissons là, provoquons des réactions, l’huile manifeste tôt ou tard sa nature profonde parfois plus forte que l’échelle humaine.
Chaque tableau est un terrain travaillé sur lequel pousse une histoire.
Les photos et les tableaux disposés côtes à côtes et joints offrent un déroulement.
HORS CHAMP - MICROSCOPIES
Les projets en apparence sont différents : un montage collage et un texte d’une part, des peintures huiles sur toile de l’autre.
Ce qui rapproche les deux univers, c’est une façon particulière d’envisager les histoires. Dans un déroulement, il y a des accords, des événements qui se suivent, d’autres qui n’ont pas de sens, pas de continuité et forment des ruptures. Un panorama de sentiments éprouvés est donné en réflexion à un public afin de déclencher ses propres sensations, principe d’ouverture
Au delà de toute réflexion il s’agit surtout, de mettre l’accent sur un phénomène directement palpable qui est la révélation de ses propres interprétations. En effet, ce qui se passe dans l’imaginaire du regardeur n’est pas le réel du regardé.